
« Jai redémarré ma vie professionnelle à 50 ans. Les possibilités de promotion étaient infimes. Le fait de me lancer dans de nouveaux projets ma ouvert de nouveaux horizons. Je touche mes domaines de compétence, en loccurrence le courtage dans lassurance, aussi bien que la finance, la comptabilité ou le commercial», souligne un ancien cadre dune compagnie dassurances. Idem pour cet autre quinquagénaire et ancien directeur financier qui sest reconverti dans le conseil et lorganisation des entreprises. «Cest tout à fait dans lordre des choses. Après plus de 25 ans dans le domaine du financement, jai senti que je devais me mettre à mon compte et apporter ainsi mon expertise aux managers qui se lancent dans linitiative individuelle», explique-t-il. Pas de problèmes non plus pour cet ingénieur de 45 ans qui, après un départ négocié auprès de son ancienne entreprise, où le climat était devenu très tendu, a effectué un parcours réussi dans les nouvelles technologies : «Mon ancienne entreprise avait besoin dun lifting, on ma forcé à partir, mais je nai pas baissé les bras. Après une longue réflexion, je me suis lancé dans une nouvelle vie professionnelle».
Ces trois entrepreneurs exercent des activités différentes, mais ils ont tous un point commun : ils ont quitté leur entreprise à un âge assez avancé. Cela peut arriver après une décision réfléchie. Mais aujourdhui, dans une conjoncture où les entreprises sont plutôt enclines à dégraisser pour anticiper les difficultés, tout le monde peut connaître une rupture de contrat avant lheure. Comment alors prendre un nouveau départ professionnel ? Pour les jeunes, il est toujours possible de retrouver un autre emploi. Mais dès quon franchit la quarantaine, la situation devient plus délicate et peut tourner au drame quand la personne assume seule la charge dun foyer.
La solution : se mettre à son compte comme lont fait les entrepreneurs déjà présentés. Mais cest loin dêtre une sinécure. On en a vu qui ont dilapidé leur pécule de départ dans des investissements hasardeux ou ont été floués par leur partenaire.
Comment éviter les pièges? Repartir sur de nouvelles bases suppose dabord un effort physique et psychologique. «Pas de capital de départ, pas daide publique pour faciliter un second départ. Les démarches administratives constituent une autre paire de manches. Il faut alors avoir de lendurance», souligne un ancien directeur financier. Sur le plan psychologique, la démarche doit être réfléchie. «Si elle nest pas bien conduite, elle peut avoir des conséquences néfastes», souligne Ahmed Kouddane, DG de Synthèse conseil et ancien directeur dune société de financement. Et de continuer: «Certains managers sessoufflent rapidement et ne prennent pas le temps de faire face aux difficultés passagères qui peuvent survenir» .
En clair, comme pour toute création dentreprise, il convient de se préparer avec soin et de sarmer de patience. En effet, pour certains, les difficultés augmentent avec lâge, surtout quand il sagit de convaincre un bailleur de fonds de soutenir le projet. Les sociétés de capital-risque, par exemple, sont très regardantes sur ce critère, même si celui-ci ne détermine pas leur décision. Quant aux banquiers, ils «se montrent très stricts en toute circonstance, sauf si vous leur présentez toutes les garanties nécessaires», souligne un entrepreneur quinquagénaire.
Il est préférable «de commencer dans un domaine que lon maîtrise», conseille Mohamed Tougani, qui gère son cabinet de comptabilité, après avoir été directeur financier dun grand fonds dinvestissement. Autrement dit, éviter de se lancer dans certaines activités simplement parce quelles paraissent lucratives. Dans ce cas, une mauvaise surprise nest pas rare. Bref, revivre une nouvelle vie professionnelle, cest possible ! Surtout lorsquon a des idées claires et un projet qui tient la route.
B.H.