
Après une période deffacement quasi-total (avant 1994), suivie dun redressement assez significatif (jusquen 1999) puis dune consolidation des progrès accomplis (jusquen 2002), la Confédération générale des Entreprises du Maroc (CGEM) a aujourdhui atteint lâge de la remise en question.
Autrement dit, elle doit entamer une phase nouvelle, celle de la rénovation. Son nouveau défi est de devenir à lhorizon 2007, «le catalyseur de lémergence dune entreprise créatrice de richesse, performante et humaine». Cest pour cette raison quelle a commandé au cabinet LMS un audit stratégique afin de définir la voie à emprunter.
Dans un premier temps, le cabinet a relevé les «bons points» (abandon du corporatisme, de la défense dintérêts catégoriels, de lesprit de lamentation et de soumission, entre autres) mais également «les tares» de la confédération avant de préconiser plusieurs axes de développement.
LMS conseille dabord à la CGEM de se concentrer sur son métier de base à savoir lanimation de lentreprise. Ensuite elle doit dynamiser le programme de mise à niveau des entreprises, en multipliant notamment les outils dassistance idoines. La mise en place dune cartographie des entreprises membres et lidentification des différents degrés de besoins de mise à niveau savèrent, dans cet esprit, incontournables.
Les experts insistent également sur la nécessité de créer un département CGEM international, et den faire un levier pour le rayonnement de lentreprise marocaine dans le monde et un outil de recherche dopportunités de partenariats internationaux.
Enfin la confédération doit développer de nouvelles prestations payantes comme lorganisation dévènements, la vente dinformations (CGEM infos...), la mise en relation internationale, les formations, les conseils à la mise à niveau.
Pour ce qui est des axes de progrès, LMS propose plusieurs voies comme le renforcement de lassise financière, notamment par lamélioration du recouvrement des cotisations, le financement de certaines activités par lEtat et la rentabilisation du site web. Dans ce sens, lobtention du statut dutilité publique savère également une priorité.
Egalement très important: lintégration de nouvelles compétences particulièrement au niveau du staff permanent afin dassurer la préparation, le suivi et la coordination des activités des membres. LMS a certainement pris en considération le fait quun syndicat patronal est avant tout une force de propositions. On se rend ainsi compte que le patronat manque dagitateurs didées pour bien mener sa mission.
Mais la principale nouveauté dans ces propositions réside dans la rénovation de lorganisation. Le rapport daudit énumère, à ce niveau, plusieurs axes fondamentaux.
Dabord, il conviendra de revoir les statuts pour tenir compte des résultats de laudit stratégique. Ensuite, il sagira de définir le principe de cooptation et dexpliquer les critères de désignation des membres cooptés et la nature de leur contribution. Enfin, il sera utile détudier en profondeur le principe de lexternalisation de lensemble des fédérations. Ce dernier point du rapport nest pas détaillé, mais il constitue, pour beaucoup de membres de la CGEM , le point essentiel de tout ce travail daudit. «Il est évident que lexternalisation des fédérations implique leur autonomie et donc la liberté pour son bureau de revoir les statuts ou de changer de cadre de travail», souligne un membre de la CGEM. Pour autant, cette suggestion demeure floue, du moins en ce qui concerne lobjectif recherché à travers le procédé dexternalisation.
A la veille des élections au sein des différentes fédérations de la CGEM - qui auront lieu, normalement, au mois de juin prochain -, le changement de statuts pourrait en effet revêtir un grand intérêt : ce serait la meilleure manière pour les présidents, dont les mandats arrivent à terme et qui ne peuvent se représenter, davoir une chance dêtre réélus... Beaucoup sinterrogent donc aujourdhui sur la réelle motivation qui a été à lorigine de cet audit : sagit-il réellement dune volonté de redynamiser les instances de la CGEM ou au contraire dun acte intéressé ?
Quoi quil en soit, «si cette réflexion stratégique aboutit à une véritable réforme comme cela a été le cas en 1995 avec la réforme statutaire qui a permis de passer à une plus grande spécialisation, la CGEM nen sortira que plus forte et plus apte à relever les défis économiques du pays», souligne un membre actif de la CGEM.
En 1995, en effet, la confédération avait mené une refonte statutaire, organisationnelle et des structures. Réforme qui avait permis, entre autres, de passer de quatre à vingt-deux fédérations. Grâce à la création de la fédération des PME-PMI, par exemple, le cercle des adhérents sest élargi sensiblement.
Par ailleurs, la mise en place dunions régionales a contribué à positionner la confédération sur lensemble du territoire. Reste que, entre temps, le découpage administratif a changé. De huit, on est passé à seize régions. Et à ce jour, la CGEM na pas suivi cette évolution : elle dispose toujours de huit unions régionales. Mais, «sur ces huit unions, seules trois sont réellement efficaces à savoir celles de Rabat, Marrakech et Tanger», signale la même source.
A présent, la confédération aspire à entrer dans une phase de rénovation dans laquelle elle se donnerait une ambition mobilisatrice de développement tout en élargissant sa représentativité, à la fois qualitative et quantitative. Autre ambition : rénover lorganisation pour plus defficacité, de professionnalisme et de proximité avec les adhérents. «Bien que nous ayons atteint un niveau de représentativité dans le poids de léconomie formelle, qui est plus que significatif, beaucoup dentreprises ne perçoivent pas encore de façon concrète la contrepartie de leurs adhésion», explique-t-on auprès de la confédération. Le chantier en cours permettrait de rectifier le tir. Mais on craint fort que la culture du consensus qui a toujours guidé la gestion de lorganisation patronale ne mène à des discussions interminables qui risquent de retarder une réforme indispensable.
Nadia El Yazidi